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    La nuit.

    Errances.

     

    A l'ombre des parfums je regarde aujourd'hui,

    quand mes mains se fissurent et j'écoute la vie.

    Celle qui durera l'espace d'un instant,

    ou bien l'éternité d'un fleuve de géants.

     

    Et la nuit m'ouvrira au désert de lumières

    qui enivrent les sols saturés d'aubes tendres.

    Un jour gris fermera l'inutile destin

    des ambres bleus noyés sous des eaux cimetières.

     

    Je remonte le temps, celui des cathédrales,

    quand je croyais mourir et que je visitais

    seulement le passé qui ronge mon futur.

     

    Des fleurs mauves s'étirent au bord de mes chemins,

    quand un neurone noir assassine les blancs.

    J'aime toujours autant quand je perds aux échecs.

     

    Si je perds aux échecs je suis curieux de voir

    la prochaine partie. Je relève des os

    que j'ai aimés un jour, pas si lointain d'ailleurs.

    Les années vont toujours chercher les souvenirs.

     

    Et le temps n'ose pas effacer la mémoire

    de granit effrité au fond des peurs enfouies.

    Les souvenirs sont ceux que nous savons garder.

    Une pierre qui pèse enfermée dans un os.

     

    Les souvenirs sont lourds quand je ferme les yeux.

    Dans une maison vide, sur un lit de hasard,

    un tremblement m'effraie et je sais bien pourquoi.

     

    Il me reste pourtant une lueur d'espoir,

    au bord de tes jardins peuplés de lueurs mauves,

    quand tu perds à la vie juste à côté de moi.

     

    Le temps est un échec que l'on suit pas à pas.

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • L'automne qui étend son âme silencieuse
    pèse sur nos épaules et son pastel rouillé 
    nous fait un vêtement saupoudré de grains d'or. 

    À l'hiver impatient qui promet des ornières nous irons musarder 
    – tes doigts au creux des miens – 
    sur les chemins noyés dans des ombres de neige,
    où tes pas, si légers, poseront leur empreinte
    que les vents turbulents effaceront demain.

    Tes mains fines peindront en trésors tamisés les jours de notre vie.
    Rien n'échappe à ton œil des infimes tableaux 
    que l'instant peut offrir : un vif éclair d'oiseau égratigne le ciel
    et ce trait de couleur te réjouit jusqu'au soir.
    Une fleur par erreur vient à naître en hiver
    et tes yeux s'illuminent.

    Belle pour tous les tiens et pour moi plus encore.
    Tu es... 
    Un soupir d'aquarelle sur le pinceau du temps. 
    Et le ciel rose et bleu, déjà frangé de noir, 
    où murmure le soir ne ternit pas nos joies.
    Et je t'aime.


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  • La corrida.

     

                                                       Matador

     

    Tu es venu le voir un jour avant sa mort dont tu ne doutes pas.

    Depuis toutes ces années que tu es le vainqueur un seul doute t’obsède, « ton toro sera-t-il en puissance et courage, capable de grandir ton image. Matador. D’auréoler ta gloire ».

    Sera-t-il assez "brave" pour être digne de Toi ?

    Tu veux sous les vivats, les olé, les bravos sentir vibrer la foule ! Tout le reste est si vain…

    Et la vie d’un toro pèse si peu de choses face à son vainqueur gonflé de vanité !

    Ta technique est au point et avec ta cuadrilla, envols et tourbillons, piques et banderilles écraseront au sol six cents kilos de rage.

     Et la foule hurlera ! Debout sur les gradins ! Et elle réclamera du toro déjà mort qu’il abandonne encore ses oreilles et sa queue !

    Comme si son massacre n’était pas suffisant.

    Comme si il fallait l’humilier un peu plus.

     

    Toréro d’un côté, admirateurs de l’autre.

    En tout plusieurs milliers et pas un pour se dire : « Mais qu’est-ce que je fais là ? D’où me vient cette joie de voir quelques pantins, barbares d’un autre temps saouls de trancher à vif un toro innocent…Quels drôles de bas instincts peuvent m’entrainer ici, sur ce disque doré pour voir danser la mort »…

    Novembre 2012, remanié le 01.12.2017

     

    Toro

     

    Des terres d’Andalousie où je vivais serein depuis quatre ou cinq ans mes souvenirs affluent.

    En parfums de prairies, en ombres d’oliviers, en sons tous familiers, et mon regard portait des montagnes à la mer et en songes plus loin…

    Depuis une semaine, un corral, quatre murs et cinq autres toros que je ne connais pas sont tout mon univers.

    J'étais en paix mais aujourd'hui un instinct de guerrier remue au fond de moi qui gronde et s’amplifie quand des hommes sont là.

    Ils viennent, nous observent. Je ne sais pas pourquoi mais je sais bien qu’ils sont la cause de mon malheur.

    Alors j'attends mon heure… si l’un d’eux se découvre…

     

     

    Du toril de nuit noire un carré de lumière ! Cet éclat de soleil que j'espérais tant ! Quelques pas à franchir et je suis libre !

     

    Mais… Ce cercle de poussière, jaune et rouge sanglant.

    Cette foule en délire ! Ce vacarme !

     

    Et du bois se détachent, virevoltants tissus, des capes roses et jaunes dans la lumière crue.

    Tu ne peux plus t’enfuir, le piège est refermé.

    Il te reste à lutter.

    Le picador saura sur son cheval aveugle savamment découper les muscles de ton dos et déchirant ton cou créer une fontaine qui noiera tes épaules, tes pattes, tes sabots.

    Infirme désormais, tes armes inutiles, le mufle au ras du sol tu sentiras le sable et le verras rougir de ta vie qui s’en va.

    Il boira tout ton sang en larges tâches rouges.

    Peut-être à ce moment sauras-tu que la mort s’invite dans ta vie, prête à la remplacer.

    Ces danseurs de lumière agitant leurs épées sont là pour la servir.

    Tes yeux vont se fermer…

    Oui, ils vont se fermer loin de l’Andalousie…

    Des ombres d’oliviers…

    Des parfums de prairie…

     

     

    Novembre 2012 remanié le 01.12.2017

     

     

     


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