• Cette blessure

     

     

    Je marchais depuis des heures.

    La forêt sous une chape grise transpirait.

     

    De grosses gouttes tièdes s'écrasaient au sol, s'unifiaient en ruisselets tremblants avant de se perdre dans une fissure cachée

     

    J'en voyais enfin le bout de cette forêt humide qui laisserait bientôt sa place à une herbe rase.

    Quelques taches vertes posées sur la grisaille de la pente.

     

    Émeraudes éparses grouillantes de vies.

     

    Insectes fous.

     

    Au sommet la récompense : nue et sombre se détachant du bleu,

    et au fond l'oeil qui plonge dans ce rouge enfer, le cratère du volcan.

     

    Une blessure au sang épais.

    Glissements de serpents tordus dans la gueule du monstre.

    Une terreur de bulles crevant à sa surface.

     

    Sur les bords, la plaie devenant cicatrice offrait au regard étonné les gerçures noircies d'un rictus de souffrance.

     

    J'avais voulu la voir cette force de vie qui roule sa puissance sous la peau de la Terre.

     

    Arrêter de douter.

     

    Et je la voyais enfin, et j'avais la preuve que cette poussière d'univers - ma maison - pouvait mourir puisqu'elle était vivante.

     

    Je pouvais revenir au clan.

     

    Leur apprendre à aimer notre mère enfin.


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  • Quand la flamme s'éteint.

     

     

     

    Au soir de mon départ

    tu liras mes poèmes

    alors tu comprendras

    que c'est à travers eux

    que je reste avec toi

     

    Ils te diront les mots

    que je ne t'ai pas dits

    mes amours

    mes espoirs

    mes colères

    mes peurs

     

    Mes songes les plus secrets

     

    Les forces de l'esprit

    habiteront nos vies

    maintenant séparées

     

     

    Le lumignon perdu de mon dernier regard

    invisible errera à jamais près de toi

    et dans ces moments vrais

    au-delà des apparences

    au cœur de l'inconnu

    tu sauras que nos âmes

    ne seront jamais désunies

     


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  •  

    après cet accident je pensais tout perdu

    et puis j'ai découvert la curiosité

     

    Le voyage immobile

     

    Pris dans le tourbillon des jours

    je n'avais jamais appris la curiosité

     

    aujourd'hui elle m'ouvre à des mondes nouveaux

     

    La musique

    La peinture

    La poésie

    Le rêve

     

    Alors j'imagine

     

    Approcher un piano

    Oser du bout des doigts le cristal d'une note

     

    Plonger au cœur d'un tableau

    M’enivrer aux couleurs choisies du créateur

    Risquer un premier trait

     

    Prendre un livre

    sentir au fond de moi

    vibrer des mots qui font rêver

     

    j'irai par des chemins imaginaires explorer l'univers

     

    Aimer la délicatesse des tout premiers instants

     

    La question des étoiles où se perd le regard

     

    La couleur des secondes quand se ferment les yeux

     

    Le parfum voyageur d'un oiseau de printemps

     

    La musique du sable qui croule au pied des dunes

     

    L'or liquide des eaux où se noie le soleil

     

    Le diamant du ruisseau aux cascades des roches

     

    la ronde d'une abeille qui cherche son butin

     

    Tant de trésors à ressentir

     

     

    Après cet accident je ne marcherai plus

    mais je vais parcourir des mondes sublimes

     

    Remplir mes bulles de solitude

     

    Parce-que dans une autre dimension

     

    créer c'est vivre

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Naître c'est te quitter

     

     

    Aujourd'hui je te quitte et changeant d'univers je vais de l'eau à l'air.

     

    Coupant ce « fil de soi »

    tissé par ton amour qui deviendra jumeau

    quand le fer du ciseau

    nous aura séparés.

     

    Vite !

    En finir de cet arrachement !

    Il me faut ton regard !

     

    Ce premier par lequel tu deviens la confiance,

     

    Et je m'endors serein au berceau de tes mains.

    Écrasé sur ton sein

    Et j'aime déjà ton parfum sur la soie de ta peau.

     

    Lentement je te crée.

     

    Je modèle tes doigts aux contours de mon corps.

    Je module ta voix cajolant mes sourires,

    et ton rire à mes cris

    et ta peur à mes pleurs,

    c'est ma vie dans tes yeux

    pour ton feu intérieur

    qui consume les heures.

     

    Sur un chemin commun nous vivrons l'aventure de ton prolongement.

     

    Naître c'est nous aimer maman.

     

    Au brasier des tourments.

     

     

     


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  •  

    La nuit.

    Errances.

     

    A l'ombre des parfums je regarde aujourd'hui,

    quand mes mains se fissurent et j'écoute la vie.

    Celle qui durera l'espace d'un instant,

    ou bien l'éternité d'un fleuve de géants.

     

    Et la nuit m'ouvrira au désert de lumières

    qui enivrent les sols saturés d'aubes tendres.

    Un jour gris fermera l'inutile destin

    des ambres bleus noyés sous des eaux cimetières.

     

    Je remonte le temps, celui des cathédrales,

    quand je croyais mourir et que je visitais

    seulement le passé qui ronge mon futur.

     

    Des fleurs mauves s'étirent au bord de mes chemins,

    quand un neurone noir assassine les blancs.

    J'aime toujours autant quand je perds aux échecs.

     

    Si je perds aux échecs je suis curieux de voir

    la prochaine partie. Je relève des os

    que j'ai aimés un jour, pas si lointain d'ailleurs.

    Les années vont toujours chercher les souvenirs.

     

    Et le temps n'ose pas effacer la mémoire

    de granit effrité au fond des peurs enfouies.

    Les souvenirs sont ceux que nous savons garder.

    Une pierre qui pèse enfermée dans un os.

     

    Les souvenirs sont lourds quand je ferme les yeux.

    Dans une maison vide, sur un lit de hasard,

    un tremblement m'effraie et je sais bien pourquoi.

     

    Il me reste pourtant une lueur d'espoir,

    au bord de tes jardins peuplés de lueurs mauves,

    quand tu perds à la vie juste à côté de moi.

     

    Le temps est un échec que l'on suit pas à pas.

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • L'automne qui étend son âme silencieuse
    pèse sur nos épaules et son pastel rouillé 
    nous fait un vêtement saupoudré de grains d'or. 

    À l'hiver impatient qui promet des ornières nous irons musarder 
    – tes doigts au creux des miens – 
    sur les chemins noyés dans des ombres de neige,
    où tes pas, si légers, poseront leur empreinte
    que les vents turbulents effaceront demain.

    Tes mains fines peindront en trésors tamisés les jours de notre vie.
    Rien n'échappe à ton œil des infimes tableaux 
    que l'instant peut offrir : un vif éclair d'oiseau égratigne le ciel
    et ce trait de couleur te réjouit jusqu'au soir.
    Une fleur par erreur vient à naître en hiver
    et tes yeux s'illuminent.

    Belle pour tous les tiens et pour moi plus encore.
    Tu es... 
    Un soupir d'aquarelle sur le pinceau du temps. 
    Et le ciel rose et bleu, déjà frangé de noir, 
    où murmure le soir ne ternit pas nos joies.
    Et je t'aime.


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  • La corrida.

     

                                                       Matador

     

    Tu es venu le voir un jour avant sa mort dont tu ne doutes pas.

    Depuis toutes ces années que tu es le vainqueur un seul doute t’obsède, « ton toro sera-t-il en puissance et courage, capable de grandir ton image. Matador. D’auréoler ta gloire ».

    Sera-t-il assez "brave" pour être digne de Toi ?

    Tu veux sous les vivats, les olé, les bravos sentir vibrer la foule ! Tout le reste est si vain…

    Et la vie d’un toro pèse si peu de choses face à son vainqueur gonflé de vanité !

    Ta technique est au point et avec ta cuadrilla, envols et tourbillons, piques et banderilles écraseront au sol six cents kilos de rage.

     Et la foule hurlera ! Debout sur les gradins ! Et elle réclamera du toro déjà mort qu’il abandonne encore ses oreilles et sa queue !

    Comme si son massacre n’était pas suffisant.

    Comme si il fallait l’humilier un peu plus.

     

    Toréro d’un côté, admirateurs de l’autre.

    En tout plusieurs milliers et pas un pour se dire : « Mais qu’est-ce que je fais là ? D’où me vient cette joie de voir quelques pantins, barbares d’un autre temps saouls de trancher à vif un toro innocent…Quels drôles de bas instincts peuvent m’entrainer ici, sur ce disque doré pour voir danser la mort »…

    Novembre 2012, remanié le 01.12.2017

     

    Toro

     

    Des terres d’Andalousie où je vivais serein depuis quatre ou cinq ans mes souvenirs affluent.

    En parfums de prairies, en ombres d’oliviers, en sons tous familiers, et mon regard portait des montagnes à la mer et en songes plus loin…

    Depuis une semaine, un corral, quatre murs et cinq autres toros que je ne connais pas sont tout mon univers.

    J'étais en paix mais aujourd'hui un instinct de guerrier remue au fond de moi qui gronde et s’amplifie quand des hommes sont là.

    Ils viennent, nous observent. Je ne sais pas pourquoi mais je sais bien qu’ils sont la cause de mon malheur.

    Alors j'attends mon heure… si l’un d’eux se découvre…

     

     

    Du toril de nuit noire un carré de lumière ! Cet éclat de soleil que j'espérais tant ! Quelques pas à franchir et je suis libre !

     

    Mais… Ce cercle de poussière, jaune et rouge sanglant.

    Cette foule en délire ! Ce vacarme !

     

    Et du bois se détachent, virevoltants tissus, des capes roses et jaunes dans la lumière crue.

    Tu ne peux plus t’enfuir, le piège est refermé.

    Il te reste à lutter.

    Le picador saura sur son cheval aveugle savamment découper les muscles de ton dos et déchirant ton cou créer une fontaine qui noiera tes épaules, tes pattes, tes sabots.

    Infirme désormais, tes armes inutiles, le mufle au ras du sol tu sentiras le sable et le verras rougir de ta vie qui s’en va.

    Il boira tout ton sang en larges tâches rouges.

    Peut-être à ce moment sauras-tu que la mort s’invite dans ta vie, prête à la remplacer.

    Ces danseurs de lumière agitant leurs épées sont là pour la servir.

    Tes yeux vont se fermer…

    Oui, ils vont se fermer loin de l’Andalousie…

    Des ombres d’oliviers…

    Des parfums de prairie…

     

     

    Novembre 2012 remanié le 01.12.2017

     

     

     


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