• poésies

     

     

    Que sait-on des pensées des pensionnaires ici ?

    Et de leurs souvenirs...

     

    Une prison

     

    Quand j'ai vu ce regard

    Deux pierres d'ambre brun en infinie tristesse

    Deux pierres qui m'ont dit

    Mon pays va mourir  

    Bien sûr les mères vont porter d'autres bébés

    Bien sûr elles vont croire aux ciels bleus

    aux étoiles

    aux soleils de tous les matins calmes

    à l'immense des arbres qui repoussent les déserts

    Malgré les pistes de goudron les branches de métal les ombres de ciment et les eaux-immondices où leurs petits joueront

    et s'empoisonneront

    Elles essayeront bien sûr

     

    Ce regard des forêts du Congo

    arraché un matin de son paradis vert

    Et maintenant

    Une cage un rocher et quelques fruits jetés

    Son cœur bat dans un zoo

     

    Mais il a comme nous une mémoire ancienne plus vieille que Lucy

     

    Je n'en suis pas bien sûr mais j'ai cru voir de l'eau au lac de ses yeux sombres

    Et mon cœur quant-à lui était déjà noyé quand j'ai fui ce gorille

     

    Bien sûr les mères vont encore croire au ciel aux étoiles et porter des bébés

     

    Bien sûr

     __________________________________________________________________________________________________________________________

     

     

     

     

    comme une ombre 3

     

    • Celui qui cueille une fleur dérange une étoile. (Francis Thompson.)

     

     

    J'aurais aimé glisser sur la vie comme une ombre

     

    qui se love au soleil

     

    Rêver d'instants fragiles

     

    où affleurent les êtres

     

    Vivre dans ce désir

     

    de ne pas les blesser

     

    J'aurais aimé glisser sur la vie comme une ombre

     

    Léger comme un regard sur un souffle de vent

     

    qui s'échoue au hasard

     

    et vit

     

    Un seul jour ou mille ans

     

    Vie d’insecte ou de roc

     

    J'aurais aimé glisser sur la vie comme une ombre

     

    et n'avoir jamais peur de mes égarements

     

    pour apprendre à aimer

     

    le voyage du temps

     

    J'ai tué

     

    déchiré

     

    anéanti des vies

     

    comme n'importe qui

     

    Si j'avais pu passer sur la vie comme une ombre

     

    sans jamais la briser

     

    J’aurais peut-être aimé

     

    être un être vivant 

     

    Mais depuis cent mille ans je vis au bord des larmes

     

     tout près du précipice où le bonheur vacille

     

     l'attente de l'instant pour déposer les armes

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Vertige d'une partition 

     

    Tu es un violon

    une lyre

    un piano

     

    Je joue ma partition sur ton clavier mouvant

    aux touches délicates où meurent mes doigtés

     

    Je t'écoute

    Les sons pianissimo s'éteignent doucement

     

    Je cherche

    une lyre qui naît

    sous mes pincés coquins offre ses tremblements

     

    et je joue

     

    encore

    au jeu du clair de lune

     

    dans tes vallées ombreuses

    tes collines soyeuses

    mes triolets violents

    mes glissandos furtifs

     

     

    Tu deviens un violon sous mes doigts amoureux

     

    Mon corps tout entier glisse comme un archet

    et tu miaules et te loves au velours de nos peaux

    quand l'arc de nos cambrures

    nous projette soudain

    dans des songes lointains

     

     

    Un peu plus tard au chemin du retour

    je pianote

    je rêve

    et ton dos frissonnant vibre au tempo de jazz

    quand glissent nonchalants

    les derniers abandons que l'aube nous ravit

     


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  •  



    L'automne qui étend son âme silencieuse
    pèse sur nos épaules et son pastel rouillé 
    nous fait un vêtement saupoudré de grains d'or. 

     À l'hiver impatient qui promet des ornières nous irons musarder 
    – tes doigts au creux des miens – 
    sur les chemins noyés dans des ombres de neige,
    où tes pas, si légers, poseront leur empreinte
    que les vents turbulents effaceront demain.

    Tes mains fines peindront en trésors tamisés les jours de notre vie.
    Rien n'échappe à ton œil des infimes tableaux 
    que l'instant peut offrir : un vif éclair d'oiseau égratigne le ciel
    et ce trait de couleur te réjouit jusqu'au soir.
    Une fleur par erreur vient à naître en hiver
    et tes yeux s'illuminent.

    Belle pour tous les tiens et pour moi plus encore.
    Tu es... 
    Un soupir d'aquarelle sur le pinceau du temps. 
    Et le ciel rose et bleu, déjà frangé de noir, 
    où murmure le soir ne ternit pas nos joies.
    Et je t'aime.

     


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  • "Le temps est un poison tellement délicieux.

    Le temps est un poison infiniment précieux."

     

     

     

    Sur la place du village ils ont un rendez-vous, rite ancien au banc qui les reçoit.

    Et tout au long du jour leurs mains – sarments noués – s'enroulent doucement,

    s'entrelacent ou se figent dans un silence d'écorces grises.

    Sous la peau parchemin, tendue aux arêtes des os,

    quelques braises rougeoient dans des creux où la vie, ralentie,

    bat encore au plus près de leur cœur.

    Le burin des années a taillé sur leurs joues des ombres de granit

    et figé à l'entour de leurs yeux un flot de rides tristes.

    Ces yeux, un peu trop bleus, errants dans un brouillard où l'instant s'évapore.

     

    Tandis que s'éternisent les coffres de mémoire où vivent-ils leur temps ?

    Si près de nous mais si près de cent ans.

    Peut-être en souvenirs – voyages incertains – témoins des jours heureux.

    Souvenirs de ces prés aux herbes écrasées dans les roulades de l'enfance,

    ivres de cris et d'insouciance.

    Souvenir de ce trouble regard, ce silence gêné,

    effacé d'un sourire à l'instant d'inventer la première caresse.

     

    Dans les feuillets du temps ils rêvent dans des lieux qui servent de repos aux mémoires anciennes.

    Dernier refuge pour ceux dont les chemins-haillons désertent le futur

    et chancellent trop près des limbes qui les espèrent.

    Leurs gestes économes au souffle fatigué d'une brise d'hiver,

    leurs sourires pensifs – nuages vaporeux – savent bien les adieux.

     

    Ils les attendent comme un dernier faux pas.

     

    Sanilhac 04.12.2017


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  •  

    J'aime les voyages, mais de celui-là je m'en serais passé.

     

    Heureusement j'étais bien accompagné.

     

    Nouveaux explorateurs

     

     

     

    Et le temps s'est enfui où l'on pouvait encore

     

    hésiter réfléchir

     

    se demander pourquoi

     

    se faire ouvrir en deux serait si important

     

    Et le temps est venu d'aller poser son corps

     

    aux frontières d'un monde

     

    où règne l'inconnu des terres inexplorées

     

    Aller frôler la mort

     

    Pour des explorateurs d'un continent nouveau peuplé d'incertitudes

     

    Accepter de dormir sans être vraiment sûr

     

    que l'éveil attendu sera au rendez-vous

     

    Implacable

     

    Le trait de la lame d'acier

     

    révélera l'envers du décor familier

     

    Montagnes irriguées de rivières vermeilles

     

    où nul soleil jamais n'effleura les vallées

     

    Alors

     

    Au bout des doigts des gestes magiciens

     

    rétabliront le cours des fleuves asséchés

     

    et leurs voies de rubis transporteront la vie

     

    qui s'épuisait déjà aux rives affaiblies

     

     

    Avoir frôlé la mort

     

    et puis renaître et vivre

     

     

    27 / 12 / 2015 .

     

     

     

     

     


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  •  

    Là-bas où j'ai rêvé.

     

    La côte des squelettes

     

     

    L'océan comme une huile

     

    Offre ses lames bleues au sable qui se noie

     

    sous les eaux de cristal

     

    Aux franges du désert l'onde et le grès s'animent

     

    Une étreinte lascive

     

    que le soleil sublime

     

    Ici

     

    la vie est née

     

    œuvre d'art avant l'art

     

    pour aimer le soleil sous les ondes trop froid

     

     

     

    Ici

     

    La vie se perd

     

    et ses os cathédrales défient les éléments

     

    près des navires échoués que la grève digère

     

    en un siècle patient

     

    ici

     

    la vie hésite

     

    elle erre quelquefois aux silences froissés

     

    quand l'aube n'ose pas effacer les ténèbres

     

     

     

    Le soir

     

    Une douceur orange inonde l'océan

     

    quand le soleil vaincu se dilue dans le bleu

     

     

    Mais la nuit en ces lieux ne triomphe jamais

     

    Si le jour s'évanouit

     

    c'est l'éclat des étoiles qui luciole les vagues de mille tremblements

     

     

     

    Du grand large s'élève un long soupir glacé

     

     

    Portée par des brumes légères

     

    une source de vie

     

    attendue au désert

     

    dont chaque grain aura son infime trésor

     

    Sa particule d'eau

     

     

     

    L'âpre vie du sous-sol n'attendait que cela

     

    Elle sort des terriers

     

    Le lézard

     

    L'araignée

     

    boivent cette rosée

     

    Puis l'un dévore l'autre

     

    et aux premiers rayons va dormir sous le sable

     

    Depuis des millions d'années

     

    L'ondulation des eaux quand le vent s'y repose

     

    Les battements de cœur du désert du Namib

     

     

     

     

     

     


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  •  

    Errances.

     

    A l'ombre des parfums je regarde aujourd'hui,

    quand mes mains se fissurent et j'écoute la vie.

    Celle qui durera l'espace d'un instant,

    ou bien l'éternité d'un fleuve de géants.

     

    Et la nuit m'ouvrira au désert de lumières

    qui enivrent les sols saturés d'aubes tendres.

    Un jour gris fermera l'inutile destin

    des ambres bleus noyés sous des eaux cimetières.

     

    Je remonte le temps, celui des cathédrales,

    quand je croyais mourir et que je visitais

    seulement le passé qui ronge mon futur.

     

    Des fleurs mauves s'étirent au bord de mes chemins,

    quand un neurone noir assassine les blancs.

    J'aime toujours autant quand je perds aux échecs.

     

     

    Si je perds aux échecs je suis curieux de voir

    la prochaine partie. Je relève des os

    que j'ai aimés un jour, pas si lointain d'ailleurs.

    Les années vont toujours chercher les souvenirs.

     

    Et le temps n'ose pas effacer la mémoire

    de granit effrité au fond des peurs enfouies.

    Les souvenirs sont ceux que nous savons garder.

    Une pierre qui pèse enfermée dans un os.

     

    Les souvenirs sont lourds quand je ferme les yeux.

    Dans une maison vide, sur un lit de hasard,

    un tremblement m'effraie et je sais bien pourquoi.

     

    Il me reste pourtant une lueur d'espoir,

    au bord de tes jardins peuplés de lueurs mauves,

    quand tu perds à la vie juste à côté de moi.

     

    Le temps est un échec que l'on suit pas à pas.

     

     

     


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